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Jeune autiste : une première voie sans CV

Les parcours d'orientation proposés aux jeunes autistes commencent par un dossier. Avant le dossier, il faut une direction : voici par où nous commençons.

Jeune autiste sans voie : pourquoi commencer par le dossier ne marche pas

Cherchez « orientation jeune autiste » et la première page vous répond avec des sigles. IME, SEGPA, Ulis pro, RQTH, Cap emploi, emploi accompagné. Des dispositifs sérieux, portés par des gens qui connaissent leur sujet. Et une absence : à aucun moment on ne demande au jeune ce qu’il fait de ses journées quand personne ne lui demande rien.

Ce n’est pas un détail. Un dispositif répond à la question « où t’accueillir », jamais à la question « vers quoi aller ». Tant que la seconde n’a pas de début de réponse, le premier tourne à vide : on inscrit, on oriente, on accompagne, et le jeune reste au même endroit.

Un angle mort qui se compte

Fin 2021, l’Insee comptait 1,4 million de jeunes de 15 à 29 ans ni en emploi, ni en études, ni en formation, soit 12,8 % de la classe d’âge, avec un pic à 24 ans. L’Insee ne dit rien de l’autisme, et nous ne lui ferons pas dire ce qu’il ne dit pas. Mais ce chiffre décrit exactement l’endroit où atterrissent les jeunes dont l’orientation a échoué : ni au travail, ni à l’école, ni en formation.

Du côté de l’autisme, les chiffres sont plus fragiles, et il faut le dire. Une question écrite déposée au Sénat en 2023 reprend l’estimation la plus citée, celle d’Autisme France : 15 à 20 % des personnes autistes seraient en emploi. La réponse du ministère n’avance pas de taux, mais une mesure concrète : 7 921 personnes accompagnées par le dispositif d’emploi accompagné au 31 mars 2023, dont une sur cinq avec un trouble du spectre de l’autisme. Rapporté aux 600 000 personnes autistes que le même texte estime en France, cela dit la taille du chemin qui reste.

Ces dispositifs fonctionnent pour ceux qui y arrivent. Le problème est en amont : pour y arriver, il faut déjà savoir ce qu’on va y chercher.

Ce que le dossier ne sait pas de vous

Un dossier connaît votre parcours scolaire, vos bilans, vos aménagements. Il ne sait pas que vous avez monté trois serveurs de jeu et modéré une communauté de quatre cents personnes. Il ne sait pas que vous reconnaissez n’importe quel oiseau à son chant, que vous avez appris seul à retoucher des photos, ou que vous tenez la comptabilité du foyer depuis vos quatorze ans.

Ces choses-là ne sont pas des loisirs. Ce sont des compétences, souvent plus solides que ce qu’un stage de troisième aurait produit, parce qu’elles ont été répétées des centaines d’heures par goût. Nous l’avons déjà écrit pour les adultes en reconversion : les atouts invisibles comptent. Pour un jeune sans CV, c’est encore plus vrai : c’est tout ce qu’il a, et c’est beaucoup.

L’autre chose que le dossier ignore, c’est comment vous fonctionnez. Le bruit qui vide en vingt minutes, l’imprévu qui met la journée par terre, la consigne floue qui bloque tout. Nous avons montré que ce qui rend un métier tenable ou invivable se joue dans ces conditions, bien plus que dans l’intitulé du poste. Un jeune qui connaît ses conditions a déjà la moitié de sa direction.

Par où nous commençons

Nous avons donc construit un mode pour les jeunes de 15 à 25 ans, autistes ou qui se reconnaissent dedans. Il s’appelle Starter Work, et il tient en une phrase : ta première voie, sans CV.

Six questions, une par écran, formulées littéralement. Ce que tu fais pendant des heures. Ce qui te vide en moins d’une heure. Ce que tu as déjà fait dont tu es content. Comment tu apprends le mieux. Qui t’aide en ce moment. Ce qui serait bien dans un an. Chacune peut être passée. Si le mini-test gratuit a été fait avant, ses six axes de fonctionnement suivent et comptent.

En sortie, une esquisse : quelques pistes à aller vérifier. Pas de candidature en première étape, mais une journée d’observation, une immersion, une formation courte, et toujours avec quelqu’un : un parent, un CPE, un conseiller de mission locale. Les relais sont nommés quand ils correspondent à la situation. Le dossier, lui, vient après, quand on sait vers quoi il sert.

Avant quinze ans, rien ne démarre sans un parent : il reçoit un email, il clique, et c’est lui qui ouvre la porte. Aucune donnée de santé n’est demandée. Et nous ne promettons ni emploi, ni formation, ni réponse définitive : une esquisse est un point de départ que l’on refait quand on a avancé.

Si vous accompagnez un jeune dans cette situation, la page Starter Work explique le reste, y compris ce que nous ne faisons pas.

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